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Rugby - Au lendemain de la liquidation judiciaire
Rugby Club de Strasbourg: le désarroi des joueurs et du staff après la liquidation judiciaire Le RC Strasbourg n’est plus. Staff et joueurs, eux, n’ont absolument rien à se reprocher. Privés des chocs à Nuits et Villefranche qui se profilaient, ils font même figure de premières victimes.
Les témoignages sont poignants et en disent long sur leur traumatisme, sur l’avenir incertain qui va miner leur quotidien. 

 

Julien Chastanet : « Tellement fier des gars » «Je suis triste par rapport à l’engagement de tous les mecs.» Des hommes confrontés désormais à un avenir incertain qui ne constitue même pas leur préoccupation immédiate. «On en est plus au stade du deuil qu’aux perspectives éventuelles. En même temps, on ne peut s’endormir. Le rugby avance, et vite. Les opportunités, il va falloir les trouver et ne pas les laisser passer. Les uns vont pouvoir voir ailleurs, d’autres vont voir si ce qui va se construire ici peut les intéresser.» Il faut donc digérer. Mais comment ? « Je ne sais pas. C’est tellement dur mentalement. On ne peut pas passer à autre chose en claquant des doigts car tant de souvenirs remontent. Les titres de Fédérale 2 et Fédérale B bien sûr, les phases finales, le match d’Albi concluant merveilleusement la saison dernière en Fédérale 1 élite, mais aussi la labellisation du centre de formation, le titre des cadets, champions du Nord-Est l’an passé, la victoire des gamins au tournoi de Chalon la saison écoulé. Car il faut surtout parler du travail monstrueux effectué depuis six ans au niveau des jeunes. Nous avions lancé des directives à l’origine. Elles auront permis de finir sur un effectif de l’équipe “une” avec 50 % de jeunes issus de cette formation. Quant aux moins de 16 ans et aux moins de 18 ans, ils sont en course pour les phases finales de N2. Plus globalement, tout ce qu’a réussi le RCS a rejailli sur les clubs autour. J’espère que les gens feront perdurer le développement du rugby ici.» Pour finir, le manager général en revient à ses hommes, admirables jusqu’au bout sur le terrain. «Malgré tout, en ajoutant tous les points qui nous ont été retirés, on était premier. Alors je dis, “chapeau bas, messieurs !” Ils ont été remarquables de bout en bout, tenant leur rang jusqu’à ce jour, fidèles aux valeurs que je prônais. Quand tu es minot, que tu viens au rugby, ce n’est pas pour l’argent, mais pour t’envoyer entre potes, vivre une aventure humaine. On a toujours su avec qui nous travaillions et, quelle que soit la situation, les mecs n’ont jamais dévié de ces valeurs. Je suis tellement fier d’eux. Pour la suite, je les aiderai autant que je pourrais.» Émile Bronquard : « Avoir donné envie à des gamins et, à l’arrivée, ne rien laisser… » «Même si on s’y attendait, j’ai du mal à réaliser. Ça me dégoûte. On en a vécu d’autres, des situations comme ça. C’était cyclique. Il y avait toujours eu des solutions. On se disait que cette fois, ce serait pareil. Les bons choix n’ont peut-être pas été effectués, pour arrêter l’hémorragie à temps, revoir les ambitions à la baisse. C’est dommage d’avoir œuvré autant, d’avoir donné envie à des gamins et, à l’arrivée, de ne rien laisser. Aujourd’hui, il y a plein de sentiments, de souvenirs, de belles histoires, de belles rencontres qui remontent. Le rugby a une fin, le chagrin, non.» L’historique et emblématique pilier droit – 37 ans, à Strasbourg depuis 2005 – explique comment, sportivement, tous se sont battus jusqu’au bout. «Pros ou pas, étudiants, on s’est tous resserré autour de valeurs communes, le plaisir du jeu, la camaraderie, la cohésion, le courage. Plus encore dans l’adversité. Le bien vivre ensemble, il ne nous restait que ça. Aujourd’hui, on peut se regarder dans la glace. On n’a jamais triché.» Le brave Émile ne compte pas, ne peut pas en rester là. «J’accuse le coup, mais je n’ai pas envie de m’arrêter sur ça. Je sais que certains veulent reprendre la suite. J’adore ce club. J’aime cette équipe. On verra. Les clubs des alentours sont évidemment à l’affût. Nico ( Tisané, NDLR ) m’a appelé. J’ai plein de potes à Haguenau. Mais bon, si quelque chose se remonte ici, pourquoi ne pas ravaler son amertume et continuer à avancer, avec le nouveau RCS, quel que soit son nom ? Mais je ne peux m’empêcher de penser qu’une association qui disparaît, c’est un peu de liberté qui s’en va.» Leandro Perez-Galeone : « On ressent une énorme injustice » À travers le témoignage du dernier capitaine de l’histoire du Rugby Club de Strasbourg, on prend la mesure du traumatisme vécu par les joueurs et des dégâts collatéraux qu’engendre leur situation. «On le savait, mais quand on prend le coup, c’est dur. Tout le monde va partir à gauche et à droite. On ressent une énorme injustice. A un moment donnée, plus personne ne nous a soutenus. On va attendre les entretiens individuels avec le mandataire judiciaire pour voir ce qu’on nous propose, ce que l’AGS ( association pour la gestion du régime de Garantie des créances des salariés, NDLR ) paiera pour permettre de finir l’année. Pour parler de la saison prochaine, c’est encore un peu tôt. Au moins, les clubs savent dès à présent que nous sommes disponibles. En attendant, on essaie de mettre un groupe en place pour s’organiser et continuer à s’entraîner. Car nous n’avons plus le droit de venir au stade.» Mais l’Argentin, comme d’autres, n’est pas seul. «Depuis que nous sommes à Strasbourg, ma femme avait trouvé le boulot rêvé. On lui a proposé une prolongation de contrat, qu’elle ne pourra pas accepter.» S’y ajoute le désastre sur le plan humain pour un groupe au sein duquel des liens forts s’étaient créés. «Une fois encore, on ne nous permet pas de vivre l’aventure humaine jusqu’au bout. À la fin de la saison dernière déjà, beaucoup de joueurs ont été contraints de partir, sans qu’on puisse se dire au revoir.» Que de plaies à panser. 

 

 

 

 




Propulsé par Jean-Pierre ARRIEUDEBAT le Jeu 28/02/19 22:40